Cadenas numérique protégeant les données personnelles dans un environnement IA

IA et vie privée : comment faire confiance à un assistant numérique

11 min de lecture7 février 2026

IA et vie privée : comment faire confiance à un assistant numérique

Maître Delphine R., avocate en droit des affaires à Bordeaux, a résumé le problème en une phrase lors d'un salon professionnel en 2025 : « On me propose un assistant IA qui retient tout sur mes clients. Très bien. Mais retenir, ça veut dire stocker. Et stocker, ça veut dire que quelqu'un, quelque part, peut lire. »

Cette méfiance n'a rien d'irrationnel. Quand votre activité repose sur la confiance que vos clients vous accordent — qu'il s'agisse d'un patient, d'un contribuable ou d'un propriétaire qui vous confie les clés de sa maison — la question de la vie privée face à l'IA n'est pas un détail technique. C'est une question de responsabilité professionnelle. Pour beaucoup de professionnels, c'est le premier frein. Bien avant le prix ou la complexité.

Le paradoxe, c'est que cette prudence coexiste avec un besoin réel. Vous le constatez chaque semaine : le temps passé à chercher un historique client, à reformuler un devis, à répondre pour la troisième fois à la même question sur vos disponibilités. Un assistant numérique pourrait absorber une partie de cette charge. Mais pas à n'importe quel prix, et surtout pas au prix de la confidentialité.

Alors comment savoir si un assistant IA mérite votre confiance ? Pas avec des promesses marketing. En comprenant ce qui se passe sous le capot.

Pourquoi la méfiance envers l'IA est légitime — et même saine

Le scepticisme des professionnels français envers les outils d'intelligence artificielle ne sort pas de nulle part. Il s'ancre dans des expériences concrètes et dans un contexte réglementaire que beaucoup connaissent mieux qu'ils ne le pensent.

Prenons les faits. En 2023, une faille chez un fournisseur de solutions cloud a exposé les données de plusieurs cabinets comptables français pendant 48 heures. L'incident, documenté par la CNIL dans son rapport annuel 2024, a touché des milliers de dossiers clients contenant des informations fiscales sensibles. Et personne n'a oublié les révélations sur l'utilisation des conversations par certains chatbots grand public pour entraîner leurs modèles — vos échanges professionnels servant, sans votre consentement explicite, à améliorer un produit.

Pour un avocat soumis au secret professionnel, un médecin tenu par le secret médical ou un artisan qui conserve les codes d'alarme de ses clients, ces précédents ne sont pas anecdotiques. Ils touchent au cœur de la relation de confiance avec la clientèle.

À cela s'ajoute un flou persistant. Quand un éditeur vous dit que vos données sont « sécurisées », qu'est-ce que ça signifie exactement ? Sont-elles chiffrées au repos ? En transit ? Qui y a accès dans l'entreprise ? Sont-elles hébergées en France, en Europe, ou sur un serveur en Virginie soumis au Cloud Act américain ? La plupart des conditions générales d'utilisation ne répondent pas à ces questions. Ou y répondent dans un jargon juridique de trente pages que personne ne lit.

Selon le baromètre France Num 2024, 62 % des TPE et PME françaises citent la sécurité des données comme leur principale inquiétude face aux outils numériques. Chez les professions réglementées, ce chiffre monte à 74 %. Ce n'est pas de la technophobie. C'est du bon sens professionnel.

La bonne nouvelle : il existe des critères objectifs pour distinguer un outil digne de confiance d'un outil qui prend des libertés avec vos données. Et vous pouvez les vérifier vous-même, sans être informaticien.

Ce qui distingue un assistant IA fiable d'un outil opaque

Avant de parler de solutions spécifiques, posons un cadre. La différence entre un chatbot et un assistant IA tient en grande partie à la manière dont chacun traite l'information que vous lui confiez.

Un chatbot classique — ceux que vous croisez sur les sites e-commerce — fonctionne généralement avec un modèle centralisé. Vos questions, vos données, vos conversations alimentent un système partagé. C'est comme si votre comptable partageait un bureau ouvert avec les comptables de tous les autres clients : techniquement, chacun travaille sur son propre dossier, mais la cloison est mince.

Un assistant IA conçu pour les professionnels devrait fonctionner autrement : avec un cloisonnement strict. Vos données restent les vôtres. Elles ne servent pas à entraîner le modèle. Elles ne sont pas accessibles aux autres utilisateurs. Et surtout, vous gardez la main — le droit de consulter, de modifier et de supprimer vos informations à tout moment.

Ce principe porte un nom dans le cadre réglementaire européen : c'est le fondement même du RGPD, en vigueur depuis 2018. Le RGPD appliqué aux assistants IA impose des obligations précises aux éditeurs : finalité du traitement, minimisation des données, droit à l'oubli, obligation de notification en cas de faille. Ce ne sont pas des recommandations. Ce sont des obligations légales, assorties de sanctions pouvant atteindre 4 % du chiffre d'affaires mondial.

Pour évaluer la fiabilité d'un assistant numérique en matière de confidentialité, trois questions méritent votre attention. Première question : où sont physiquement stockées vos données ? Un hébergement en France ou en Union européenne garantit l'application du droit européen. Deuxième question : vos données servent-elles uniquement à vous rendre service, ou alimentent-elles aussi l'amélioration du produit ? Troisième question : l'éditeur publie-t-il une politique de confidentialité lisible, avec un interlocuteur identifiable en cas de question ?

Aucune compétence technique nécessaire pour vérifier tout ça. Il suffit de poser les bonnes questions avant de s'engager.

Cinq vérifications concrètes avant de confier vos données à un assistant IA

La théorie, c'est bien. La pratique, c'est mieux. Voici cinq étapes que tout professionnel peut suivre pour évaluer la fiabilité d'un outil avant de l'adopter — que vous soyez artisan, avocat ou professionnel de santé.

1. Vérifiez l'hébergement des données

Demandez explicitement à l'éditeur : « Où sont hébergées mes données ? » La réponse doit être géographiquement précise. « En Europe » est un minimum. « En France, chez OVHcloud / Scaleway / Outscale » est préférable. Si la réponse est vague ou introuvable, c'est un signal d'alarme.

Éric, serrurier à Valence, a évalué trois outils de gestion l'an dernier. Il a éliminé le premier en cinq minutes : impossible de savoir si les fiches clients étaient stockées en Europe ou aux États-Unis. « Je conserve des références de cylindres et des codes d'accès. Confier ça à un serveur dont je ne connais même pas le pays, c'est comme donner un double de clé à un inconnu dans la rue. Pas question. »

Un hébergement soumis au droit européen vous protège concrètement. Les transferts de données hors UE sont encadrés par des mécanismes stricts (clauses contractuelles types, décisions d'adéquation), et l'AI Act européen, qui entrera pleinement en application en août 2026, renforcera encore ces exigences pour les systèmes d'intelligence artificielle.

2. Lisez la politique de confidentialité — la vraie

Pas les résumés marketing. Le document juridique. Cherchez trois informations précises : la finalité du traitement (à quoi servent vos données), la durée de conservation (combien de temps sont-elles gardées) et les sous-traitants (qui d'autre y a accès).

Si le document fait cent pages et noie l'essentiel dans du jargon, c'est souvent mauvais signe. Les éditeurs qui n'ont rien à cacher tendent à être clairs. Choisir le bon assistant IA passe aussi par cette lecture, même si elle demande vingt minutes d'attention.

3. Testez le droit à la suppression

Avant de charger des données sensibles, faites un test simple : créez un compte, entrez quelques informations fictives, puis demandez leur suppression complète. Observez le délai de réponse et la clarté du processus. Le RGPD impose un délai d'un mois maximum. Si l'éditeur traîne des pieds ou vous oriente vers un formulaire introuvable, tirez vos conclusions.

Le Compagnon, par exemple, fonctionne avec une « Zone de Vérité » — un espace structuré où vos données sont consultables et supprimables à tout moment depuis WhatsApp. Pas besoin de naviguer dans un back-office complexe. Vous envoyez une demande, vous obtenez une confirmation. Simple, mais encore trop rare.

4. Vérifiez si vos données entraînent le modèle

C'est la question que trop peu de professionnels posent : « Mes conversations servent-elles à améliorer votre intelligence artificielle ? » Chez les grands modèles généralistes, la réponse est souvent oui par défaut, avec une option de retrait enfouie dans les paramètres.

Pour un professionnel qui échange des informations sur ses clients, cette distinction est capitale. Un assistant qui utilise vos conversations pour s'entraîner mélange potentiellement vos données avec celles d'autres utilisateurs. Un assistant conçu pour la protection des données professionnelles cloisonne strictement chaque compte.

Quand une experte-comptable confie les échéances fiscales de ses clients à un outil, ou quand un avocat utilise l'IA pour traiter des éléments de dossier, ce cloisonnement n'est pas un luxe. C'est une obligation déontologique.

5. Posez la question du « et si »

Et si l'entreprise éditrice ferme ? Et si elle est rachetée ? Et si elle subit une faille de sécurité ?

Que deviennent vos données dans chacun de ces scénarios ? Un éditeur sérieux prévoit ces situations dans ses conditions, avec des mécanismes de portabilité (vous récupérez vos données) et de notification (vous êtes prévenu en cas d'incident).

Ces cinq vérifications prennent une à deux heures au total. Le temps d'un rendez-vous client. Et c'est un investissement qui protège votre activité sur le long terme.

Vie privée et IA dans les métiers sensibles : des enjeux spécifiques

Tous les professionnels ne sont pas logés à la même enseigne face à la sécurité des données IA. Un paysagiste qui stocke les préférences de plantation de ses clients ne prend pas le même risque qu'un médecin qui consigne des antécédents médicaux.

Les professionnels de santé qui envisagent l'IA font face à un cadre particulièrement exigeant : hébergement certifié HDS (Hébergement de Données de Santé), traçabilité des accès, obligation de pseudonymisation. Pour eux, la question de la confidentialité IA n'est pas une bonne pratique. C'est une condition d'exercice.

Les avocats, de leur côté, sont tenus par le secret professionnel — principe d'ordre public en droit français. Confier des éléments d'un dossier à un assistant numérique revient, juridiquement, à introduire un tiers dans la relation avocat-client. La question n'est pas « est-ce pratique ? » mais « est-ce compatible avec mes obligations ? ».

Même pour les artisans, le sujet mérite attention. Un serrurier qui conserve les références de cylindres et les codes d'accès de ses clients manipule des données sensibles au sens pratique du terme. Un traiteur qui retient les allergies alimentaires de ses convives porte une responsabilité directe (et pas qu'en termes d'image). La vie privée dans le cadre d'un assistant virtuel ne concerne pas que les professions réglementées — elle concerne tous ceux dont l'activité repose sur la confiance.

Ce qui change, c'est le niveau de formalisme requis. Un comptable aura besoin d'une conformité documentée pour ses propres audits. Un artisan aura besoin, avant tout, de la certitude que ses données clients ne circulent pas à son insu.

Ce que le cadre réglementaire prévoit — et ce qui change en 2026

Le RGPD reste le socle. Depuis 2018, tout professionnel qui collecte des données personnelles — même un simple carnet d'adresses clients — est tenu de respecter des règles de transparence, de finalité et de sécurité. Un assistant IA n'échappe pas à ce cadre : l'éditeur est responsable de traitement ou sous-traitant, et doit pouvoir le démontrer.

L'AI Act européen, adopté en 2024, ajoute une couche spécifique aux systèmes d'intelligence artificielle. Ses obligations entreront en application par phases jusqu'en août 2026. Les assistants IA destinés aux professionnels sont classés selon leur niveau de risque. Un outil qui traite des données médicales ou juridiques pourrait être classé « à haut risque » et devra alors répondre à des exigences renforcées : documentation technique, évaluation de conformité, contrôle humain.

Pour les professionnels qui cherchent un guide complet sur les assistants IA, cette évolution réglementaire est une bonne nouvelle. Elle va pousser les éditeurs peu scrupuleux à se conformer ou à disparaître. Et elle va donner aux utilisateurs des critères objectifs pour comparer les offres.

À l'horizon 2027, choisir un assistant IA fiable en matière de vie privée ne sera plus une affaire de confiance aveugle. Ce sera une question de conformité vérifiable — un peu comme choisir un hébergeur certifié ou un logiciel de comptabilité agréé.

Ce que vous pouvez faire dès lundi matin

La confiance envers un assistant numérique ne se décrète pas. Elle se construit, vérification après vérification, en posant des questions simples et en exigeant des réponses claires.

Trois choses à retenir. La méfiance envers l'IA en matière de vie privée est légitime — et les professionnels qui la ressentent ont souvent de meilleures intuitions que ceux qui foncent tête baissée. Les critères pour évaluer la fiabilité d'un outil existent et sont accessibles à tous, sans compétence technique particulière. Et le cadre réglementaire européen joue en votre faveur : il oblige les éditeurs à rendre des comptes.

Premier réflexe à adopter ? Prenez l'outil numérique que vous utilisez le plus au quotidien et cherchez, dans ses conditions, où sont stockées vos données. Si la réponse vous satisfait, bon point de départ. Si elle vous inquiète — ou pire, si vous ne la trouvez pas — c'est peut-être le moment d'explorer des alternatives conçues pour respecter votre confidentialité. Le Compagnon offre 7 jours d'essai gratuit sur WhatsApp, avec un hébergement en France et une transparence totale sur le traitement de vos données.

Questions fréquentes

Un assistant IA peut-il lire toutes mes conversations WhatsApp ?

Non. Un assistant IA intégré à WhatsApp ne fonctionne que dans le fil de conversation que vous ouvrez avec lui. Il n'a accès ni à vos autres discussions, ni à vos contacts, ni à vos fichiers. Le chiffrement de bout en bout de WhatsApp s'applique également à ces échanges.

Mes données clients sont-elles partagées avec d'autres utilisateurs de l'assistant ?

Cela dépend entièrement de l'éditeur. Un assistant sérieux cloisonne strictement chaque compte professionnel. Vérifiez dans la politique de confidentialité si vos données sont isolées et si elles ne servent pas à entraîner le modèle partagé.

Que se passe-t-il si je veux arrêter d'utiliser l'assistant ?

Le RGPD vous garantit un droit à la portabilité (récupérer vos données dans un format exploitable) et un droit à l'effacement (suppression complète). Avant de vous engager, vérifiez que l'éditeur propose un processus clair et rapide pour exercer ces droits.

L'AI Act va-t-il interdire certains assistants IA ?

L'AI Act n'interdit pas les assistants IA professionnels, mais il impose des obligations proportionnelles au niveau de risque. Les outils traitant des données sensibles (santé, juridique) devront se conformer à des exigences renforcées d'ici 2026-2027. C'est une protection supplémentaire pour les utilisateurs.

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